COULISSES DE GENERATION Z

DE “MADAME Z ” A “GENERATION Z” : CHRONOLOGIE DE LA FEMME POLITIQUE AU MASQUE DE FER…

Le 2 avril 2019, lors d’une habituelle réunion d’organisation de la “Manufacture de la Cité”* et comme c’est assez coutumier lors de ces réunions, nous “partîmes un peu en excursion” à la faveur d’un ou deux verres de vins ; l’un d’entre nous évoque au débotté le souvenir de la candidature masquée lancée fin 1963 par le journal “l’Express” en vue des élections présidentielles de 1965 : celle de “Monsieur X “, mystérieux candidat de la gauche qui devait préparer l’après de Gaulle. A l’époque, on pense que Mendes-France se cache derrière “Monsieur X ” mais c’est le “Canard Enchainé ” qui dévoile le pot aux roses à l’aide d’un subtil jeu de mot : « Monsieur X, c’est l’homme au masque Deferre » ; c’était donc Gaston !

Au-delà de l’anecdote oubliée, nous avons commencé à nous émoustiller sur une hypothétique transposition d’une démarche pareille aujourd’hui, de son éventuel intérêt ou non et puis aussi ; pourquoi, comment ? Au fil de la soirée, ce que nous envisagions tout d’abord comme un simple exercice intellectuel et ludique s’est vite transformé comme une expérience extrêmement pertinente à envisager ; le contexte et l’époque actuelle nous paraissaient tout à fait favorables à moins d’un an d’élections municipales et surtout d’élections métropolitaines dont l’élection de son président se fera au scrutin universel pour la première fois depuis la création de la Métropole de Lyon (janvier 2015), contexte politique aussi particulièrement perturbé par l’hégémonie d’un parti dont l’idéologie faussement ni-gauche-ni-droite mais trop ostensiblement néo-libérale et datée, par le rejet massif des grands partis et des appareils politiques traditionnels, par une explosion d’initiatives locales, d’expérimentations de toutes sortes sur tout le territoire mais trop peu relayées et rassemblées, mais aussi par une intolérance grandissante de la population face à la professionnalisation et la représentation des modèles politiques ; tout cela laisse le paysage à gauche extrêmement divisé et désorienté. Ces constats faits, nous notions enfin que les élections métropolitaines de Lyon en 2020, véritable enjeu majeur avec ses 2,3 milliards d’€ de budget et ses compétences extrêmement diversifiées, ne faisaient pas l’attention d’une publicité exceptionnelle de la part de ses actuels dirigeants afin d’y intéresser les 1,37 millions d’habitants qui la composent. De là à penser avec malice que cette absence cruelle de pédagogie citoyenne pouvait servir les intérêts des dirigeants autoproclamés fit apparaître quelques sourires en coin au sein de notre assemblée !

Ainsi donc, dégagé de tout appareil politique et de toute influence partisane, l’anonymat permet de travailler sur une candidature qui alerte sur la situation locale et sur l’impérieuse nécessité d’élaborer un travail de conception d’un projet commun, ambitieux et réaliste (réalisable) pour la Métropole et ses habitants qui prend en compte toutes leurs diversités (sociale, territoriale, économique…). Manque un nom à cette candidate mystère ; ce sera finalement “Madame Z” après quelques autres tentatives nominatives plus ou moins heureuses, plus ou moins spirituelles et plus ou moins drôles…

Un certain nombre (un nombre certain) de réunions passent pour peaufiner le personnage et lui donner un contenant digne de ce que nous voulons lui voir porter puis nous exposons ce projet à “Lyon Capitale” que la rédaction juge intéressant et prompt à réveiller un peu le paysage politique local, légèrement assoupi si près d’échéances aussi importantes. Après leur accord concernant l’anonymat à respecter de Madame Z, le 27 avril nous organisons une journée de travail afin de construire les bases des propositions portées par notre mystérieuse candidate ; nous nous servirons bien sûr de ce que la « Manufacture de la Cité » porte déjà. Une interview de Madame Z est prévue le 18 mai et nous nous réunissons le 17 au soir afin d’en finaliser sa préparation. Nous ne donnerons pas le nom des potions magiques que nous aimons à partager à « la Manufacture de la Cité » mais leur collaboration fut fructueuse !

Trois représentants sont mandatés pour être les porte-paroles de “Madame Z” le lendemain pour l’interview. Ces trois-là, rassurés en fin de soirée par la citation de Baudelaire : « boire du vin c’est boire du génie », participèrent donc à une interview de très bon acabit ; tant par la qualité des questionnements du journal que par le sérieux et la certaine maturité apportés par nos réponses.

Début juin l’interview paraît en version papier et le nom de “Madame Z” apparaît publiquement pour la première fois. Durant tout ce mois, nous avons travaillé à l’identité numérique de “Madame Z” afin de relayer ses propositions et échanger. Le secret de son identité tient toujours. Fin juin, suite à plusieurs interpellations et échanges, Madame Z revient dans le N° de juillet de “Lyon Capitale” sur le prolongement de l’anneau des sciences ; de récentes études et de puissants clivages sur sa réalisation, impropres à toute forme de rassemblement des forces de gauche nous font réfléchir plus profondément sur ce sujet et nous convenons que si ce projet présentait bien une cohérence territoriale il y a 20 ans, les impératifs écologiques et de transformation profonde de nos modalités de transport ainsi que la vision d’avenir de l’espace territoriale ne se satisferont plus de ce projet. Nous confirmons donc, en apportant des solutions alternatives fortes, notre opposition à cette autoroute urbaine.

De mi-juin à mi-juillet, certaines personnes proches de “Madame Z” sont mises dans la confidence afin d’envisager un prolongement qui permettrait de rassembler les forces de bonne volonté à gauche mais aussi stimuler avant les prochaines élections l’intérêt et le désir de ceux qui ont bien du mal à se situer ou s’enfermer dans le cadre d’un parti traditionnel ou d’une idéologie trop partisane. Nous pensons qu’une nouvelle génération politique peut, doit naître. Les retours de ces personnes sont très encourageants et nous prenons la décision de rendre sa liberté à “Madame Z” pour mi-septembre afin qu’elle cède sa place à un mouvement bien identifié et aussi large que possible à l’avenir : “Génération Z”.

L’expérience de “Madame Z” fut très stimulante même si pour certains d’entre nous l’exercice imposé du secret faisait violence à notre nature et fut parfois un peu lourd à porter auprès des nôtres car si des liens politiques nous unissent, des liens affectifs aussi au travers de nos profils différents mais tous réunis par une évidence rassembleuse chevillée au corps ; le goût des autres et le fort moteur collégial pour le bien commun. Mais ils nous le pardonneront puisqu’ils savent que nos intentions, malgré le secret, étaient sincères et n’avaient d’autre but que de démontrer au plus grand nombre l’intérêt commun porté par un collectif plutôt que par l’incarnation d’une personne. On parle beaucoup de renouvellement des pratiques politiques et nous sommes très attachés à cette notion à la “Manufacture de la Cité” ; au-delà du projet politique de “Génération Z”, car c’en est un, il y avait aussi un peu de cela chez “Madame Z” : la recherche du bon sens, l’amour de la chose publique et des communs, l’attachement à un certain sens du mot “politique” au travers d’une redéfinition de ses valeurs, le goût du partage et mille autres petites et grandes choses qui forgeront notre différence et notre identité au fil des prochains mois…


*“Manufacture de la Cité” : plateforme politique associative crée en 2017 suite à la scission du Gram et la démission collective du bureau, de son président et de l’ensemble de ses élus.

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